Bravo ! et même – n’ayons pas peur des hyperboles – bravissimo !…
Si vous êtes parvenu à ce chapitre autrement que par hasard, c’est que non seulement vous doutez de votre propre jugement – ce qui est, on l’a dit, la condition nécessaire sinon suffisante de tout progrès personnel – mais que le jugement d’autrui ne vous aveugle pas davantage, fût-il celui d’un expert notoire ou d’un ami présumé impartial. Ce qui est la condition non moins insuffisante mais tout aussi nécessaire de tout progrès collectif, que l’objet du jugement soit littéraire ou non.
S’ensuit en général, quand ledit autrui est à portée de courriel et que chacun des deux l’espère intuitivement plus profitable que préjudiciable à l’intérêt commun, sinon universel, ce qu’il est convenu d’appeler une discussion.
Oui mais voilà…
Que faire lorsqu’un jour vous échoit, au fil d’une longue correspondance de considérations de moins en moins distanciées sur les écrits de l’autre et la marche du monde, une question massue façon bac de philo à traiter dans l’urgence, et pour le coup sans feinte désinvolture en dépit qu’on en ait, du genre :
Le jugement humain peut-il être objectif ?
Le document (10), autant vous en avertir, n’est rien moins que la copie de Bibi en tentative de dépassement du méga-problème. Ce avec certes l’avantage, pour quelqu’un d’aussi lent que scrupuleux, de disposer d’un peu plus de temps qu’en salle d’examen, mais avec aussi l’impératif moral d’y prendre en compte et d’y tramer plus d’un demi-siècle de pratique et de vécu personnels sur son canevas de raison pure. A quoi s’ajoute, ici et là, quelques références incidentes à l’œuvre personnelle de mon correspondant que vous n’avez peut-être jamais lue…
Résultat des courses : quelque 500 kilooctets de dialectique apollinienne en perspective. On comprendrait que vous hésitiez…
– Si donc la réponse (positive ou négative) à ladite question s’impose à vous d’emblée sur laquelle vous ne sauriez revenir, il est encore temps de passer en VI : lire (10) ne saurait que vous en faire perdre.
– Itou si, d’une façon générale, vous pensez que vos goûts et couleurs sont inscrits dans vos gènes au même titre que vos opinions, croyances et autres valeurs, s’il s’ensuit pour vous que tenter de vous convaincre est aussi vain qu’absurde et qu’il n’est de réponse à toute éventuelle contestation revendiquée par autrui que de l’occulter ou la vaincre, si soit dit autrement – comme fait le martial slogan de LVMH – la victoire est pour vous un état d’esprit et le doute la pire des faiblesses, on se demande même pourquoi et comment vous êtes parvenu jusqu’ici si ce n’est par subconscient masochisme…
– Si par ailleurs votre pragmatisme naturel vous a épargné depuis toujours les dilemmes du questionnement ontologique, rien ne vous interdit d’allègrement sauter les premières pages d’un pensum qui, rappelons-le, s’adresse à un ami croyant.
– Si vous n’avez pas non plus attendu ce chapitre pour savoir qu’il n’est plus depuis longtemps de commune mesure entre les factures esthétique et comptable d’un ouvrage pictural, et que seul votre intérêt pour les tenants et aboutissants du strict jugement littéraire vous a conduit à (10), vous pouvez même n’en commencer la lecture qu’à la page 7.
– Rappelez-vous enfin que toutes précisions sur le contexte socio-économico-familial de l’auteur ainsi que le must de sa bio personnelle vous attendent toujours en VIII, et qu’il ne sera ici question que de l’évolution interactive (sur plus de cinquante ans tout de même) dudit jugement réciproque auteur/lecteur autour d’un cas somme toute singulier d’écriture matérialiste (formaliste, oulipienne, de recherche, etc…)
Un bravissimo, ça se mérite !
10
– Si malgré toute votre bonne volonté vous n’avez eu ni le temps ni la patience de lire jusqu’au bout le ci-dessus pesant mémorandum sur l’évolution contemporaine du sens critique, rien n’est moins grave : passez sans plus attendre en VI (où prendre connaissance d’une re-lecture que notre tiers lecteur a bien voulu faire du Regard après révélation de sa contrainte) voire directement en VIII où tous compléments idéologico-biographiques vous seront fournis qui vous permettront de mieux comprendre les tenants et aboutissants de (10) – que vous éprouviez alors ou non le besoin d’y revenir…