Bravo ! sans ironie…
Vous retrouver ici témoigne en tout état de cause que vous ne vous fiez pas à votre seule intime conviction pour juger d’un texte littéraire, ce qui est méritoire dans un domaine communément réservé à l’affirmation de l’ego. Soit dit en clair : vous doutez bel et bien de vous, le doute (l’absence de certitudes) étant – comme chacun ne le sait peut-être pas – la condition liminaire de tout apprentissage, de toute curiosité rationnelle (dite science) et de toute sagesse.
Alors oui, bravo !
On vous a plus ou moins promis en ce chapitre une tierce lecture impartiale de (1) et de (2), promesse qui en elle-même ne mange évidemment pas de pain. Mais on a fait au mieux… En l’absence de clairs objectifs communément imposés à l’acte littéraire, et quand bien même on y aurait convoqué les avis d’un jury entier de subjectivités aussi prestigieuses que divergentes, vos doutes en auraient-ils été balayés et votre estimation finale plus assurée ?
L’unique tiers choisi – l’écrivain Joël Hillion – est certes un ami de très longue date, mais l’amitié n’interdit pas l’indépendance d’esprit… Disciple revendiqué de René Girard, Joël est croyant et militant chrétien jusque dans ses fictions les moins engagées, ce que dans l’acception la plus courante Bibi n’est pas. Sur le plan strictement littéraire, il est idéalement représentatif aussi de ce qu’un tenant de l’écriture matérialiste (voir II) taxerait sans vergogne d’auteur et lecteur idéaliste : nul n’est parfait. En revanche, et entre autres talents et expertises où les miens ne sauraient faire que profil bas, voici ce qu’en dit modestement la quatrième de couverture d’un de ses livres :
« Joël Hillion, né en 1945, a enseigné l’anglais en lycée et classes préparatoires. Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’éducation. Il est également traducteur des Sonnets de Shakespeare et de plusieurs essais sur Shakespeare »
Le livre en question s’intitule L’alter de mon ego : Bibi n’aurait pas dit mieux.
(9 A) est ainsi le commentaire (en deux étapes) que mon lecteur idéal fit du Regard, en première lecture sur tapuscrit et sans en connaître la régulation.
9 A
(9 B) est le commentaire que le même fit dans la foulée de Z ou la création (initialement titré Genèse) sans en connaître davantage la Parola dipinta génératrice.
9 B
A souligner chemin faisant l’avantage de l’ami sincère sur le critique à gages : si irréductiblement subjectif soit-il lui aussi dans l’enthousiasme ou son contraire, du moins son verdict contrasté sur deux moutures d’une même pratique littéraire étrangère à la sienne le rendra-t-il moins suspect de sectarisme systématique, de complaisance tous azimuts (dite démagogie) ou de pur et simple copinage.
A votre tour, quoi qu’il en soit, de juger…
– Si (9 A) et (9 B) vous ont intéressé ou troublé et si vous ne l’avez déjà fait, sans doute vous apparaîtra-t-il ici nécessaire de lire enfin Le regard et/ou Z ou la création avant d’aller plus loin…
– Si, ayant lu les deux fictions et vous sentant convié à les relire, vous souhaitez d’abord savoir si la révélation de leur contrainte génératrice a su remettre en question et exalté de quelque manière le jugement premier de notre tiers lecteur et ami, passez en VI.
– Si celui-ci, au contraire, loin de vous rassurer sur votre aptitude à juger par vous-même, n’a fait sans le vouloir qu’aggraver votre peur viscérale du jugement d’autrui (ami, famille, éditeur, critique professionnel…) au point – qui sait ? – de vous dissuader de jamais publier tels écrits personnels où vous vous livriez corps et âme, peut-être vous rassurera-t-il d’apprendre que de plus blindés que vous ont connu ça… Peut-être même serez-vous alors curieux de savoir par exemple ce qu’éprouve dans l’opprobre un auteur matérialiste (formaliste, oulipien, de recherche, à contraintes…) mais qui n’en a pas moins une âme, et comment la blinder… C’est l’un des objectifs de V.
– Si, par-delà l’intérêt que vous éprouvez ou non pour un auteur et qu’un lecteur éprouve ou non pour vous, vous commencez à soupçonner ici de façon beaucoup plus générale que l’appréhension même du jugement subjectif réciproque porté sur chacun d’entre nous par son semblable pourrait bien conditionner toutes nos relations sociales, décider subconsciemment de nos propres apparences, de nos propres comportements, de nos propres actes et paroles sinon – allez savoir ! – décider en premier chef des goûts et opinions que nous nous devons ou non d’afficher, n’hésitez plus cette fois à passer en V.